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La plantation d’épinette blanche loupée

 

Le travail d’aménagement de la forêt nous réserve parfois des surprises. En voici un exemple;

  • Que faire avec une plantation d’épinette blanche d’une quarantaine d’années dont une forte proportion des troncs présentent des défauts majeurs, en l’occurrence des loupes ?
  • Ces loupes rendent ces sections du tronc inutilisables pour la transformation dans les usines de sciage.

    

Cette plantation a été éclaircie il y a une dizaine d’années, les observations :

  • L’ouverture de la canopée n’a pas permis à la régénération naturelle de s’y installer. On a peu de régénération et une strate arbustive moyennement présente limitant les probabilités que cette situation s’améliore,
  • Les prises de carottes dans le tronc de tiges dominantes sans loupes indiquent que les arbres ont eu peu de croissance radiale lors des dernières années, même en présence d’une cime dégagée.

Les constats suivants sont ressortis;

  • L’installation d’une régénération naturelle était improbable,
  • La faible croissance des arbres dominants indique que la plantation avait atteint son potentiel de croissance,
  • La récolte suivie d’un nouveau reboisement serait-il soumis au même problème dans une quarantaine d’années, soit une plantation loupée ?

La problématique des loupes a été soumise à M. Bruno Boulet, ingénieur forestier et auteur du livre

Les champignons des arbres de l’est de l’Amérique du Nord paru en 2003.

Sa réponse ;

Les loupes observées se retrouvent assez souvent sur l’épinette blanche.

Les loupes proviennent d’un dérèglement des hormones responsables de la régulation de la croissance. L’origine des loupes est génétique, les semis défectueux ont hérité de mauvais gènes des parents. Si les 2 parents sont porteurs du gène défectueux, il y a une plus grande proportion des graines qui seront aussi défectueuse.

La situation est pire en plantation, car il peut arriver que les provenances défectueuses proviennent toutes du même lot de cônes qui étaient jadis recueillis en forêt naturelle. Les plantations très touchées par les loupes sont forcément celles de plus de 30 ans, c’est-à-dire lorsque la grande partie des cônes récoltés pour les graines provenaient de semences naturelles.

Avec les vergers à graines, le problème des mauvaises provenances est maintenant résolu. Il serait bien surprenant que l’on conserve dans les vergers des arbres porteurs de loupes.

La probabilité d’avoir des loupes varie beaucoup en fonction de l’essence. Chez les conifères, l’épinette blanche est championne. Le dérèglement est parfois si spectaculaire que les branches en sont toutes garnies. Le poids supplémentaire que représente ces masses ligneuses font en sorte que l’arbre renverse sous son propre poids ou c’est le tronc qui casse au vent.

Chez le pin gris ce ne sont pas des loupes, mais des tumeurs causées par la maladie de la rouille tumeur.

Chez les feuillus, il faut signaler le sorbier des oiseaux qui est fréquemment atteint. Parfois, tous les arbres poussant le long d’une terre agricole abandonnée sont atteints. Cela prouve bien que les graines de parents porteurs transmettent l’anomalie à leurs descendants qui poussent tout le long du fossé où sont établies les géniteurs porteurs.

Parmi les autres feuillus, mentionnons le noyer cendré, le bouleau jaune et à l’occasion les érables (sucre, rouge, argenté) et les vieux saules qui portent parfois des loupes géantes.

Les déformations sur les caryers, les chênes sont attribuables à une infection bactérienne (Agrobacterium tumefaciens). C’est la tumeur du collet, mais il arrive bien souvent que les tumeurs se développent en hauteur, car la maladie s’immisce par les vieux nœuds mal cicatrisés. Les tumeurs s’en distingue par le seul critère suivant: écorce lisse = loupe; écorce crevassée et raboteuse=tumeur du collet.

Les protubérances ligneuses sur le peuplier ne sont pas des loupes ni des tumeurs. Il s’agit surtout de broussins qui se distinguent des loupes et des tumeurs par les pousses adventives qui les recouvrent.

Bruno Boulet ing.f.

    

La probabilité de recréer cette même situation en reboisant de nouveau ce site étant exclus, les travaux de remise en valeur peuvent se réaliser l’âme en paix.

Malheureusement une proportion du bois sera inutilisable et devra être laissé sur le site. Le reboisement en épinette assurera une remise en production qui sera exempte de bois loupé.

La quête des réponses aux questionnements concernant la dynamique forestière, les contraintes des arbres/peuplements, les défauts/maladies et leurs répercussions font partie d’un ensemble de critères que le forestier doit tenir compte lors de la prise de décision menant à sa recommandation sylvicole.

 

Ken Dubé ing.f.

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