Aménagement

Éclaircie commerciale de jeune érablière en Estrie

 

L’éclaircie commerciale feuillue, réalisée en Estrie, dans les jeunes peuplements feuillus composés d’érables donne-t-elle des résultats probants ?

Ce type d’éclaircie a été peu étudiée et les professionnels forestiers qui prescrivent et supervisent la réalisation de tels travaux depuis des décennies le font en se basant sur leurs observations personnelles et selon les principes relatifs aux éclaircies en général.

Une étude récente publiée par Bédard, Gauthier, Guillemette et Ouimet (1) du service de la recherche forestière du Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs nous apporte des données pour ce type d’éclaircie en Estrie.

L’étude a été réalisée sur les terrains de Domtar localisés près de Windsor.

Les peuplements étudiés sont composés majoritairement d’érable à sucre et accompagnés de bouleau jaune de 35 années (v. g. Tableau 2). Les travaux ont été réalisés à l’aide d’une abatteuse multifonctionnelle et le bois a été débardé avec un porteur forestier.

     

Les travaux ont été effectués à l’hiver 2010. Ils ont été réalisés à deux intensités différentes d’éclaircie, soit modérée (prélèvement de 37% de la surface terrière et de 13,1 m2/ha après traitement) et forte (prélèvement de 49% de la surface terrière et de 11,6 m2/ha après traitement). Les données de diamètre, de hauteur et de vigueur des arbres ont été colligées.

Un martelage a été effectué avant traitement pour assurer la récolte prioritaire des arbres de moindre vigueur.

Le sol de certaines parcelles a également été amendé avec de la chaux et des biosolides papetiers provenant de l’usine.

Cette opération est difficilement réalisable en petite forêt privée ainsi seulement les résultats relatifs à l’éclaircie sans amendement sont pris en compte pour cette chronique. Les résultats relatifs aux amendements sont compilées dans la note de recherche No 150 (2).

Les parcelles de recherche ont été remesurées en 2014 après 5 années de croissance.

Les auteurs ont voulu répondre aux hypothèses suivantes ;

1) l’Éclaircie Commerciale (EC) favorise le maintien d’un peuplement vigoureux, car elle réduit la mortalité et augmente l’accroissement net par rapport à des peuplements témoins sans intervention

2) l’EC permet d’augmenter l’accroissement en diamètre des tiges par rapport aux peuplements témoins sans intervention;

3) l’accroissement en diamètre augmente avec l’intensité de l’EC;

 

L’analyse des résultats après 5 années permet aux auteurs de répondre aux hypothèses soulevées en début d’étude.

  • L’EC a permis de maintenir la vigueur du peuplement. La récolte des arbres de moindre vigueur a augmenté la proportion des arbres de vigueur 1 (v. g. Tableau 3). Ces arbres de vigueur 1 ont moins de probabilité de mourir et sont de meilleure qualité pour une production future de bois d’œuvre, d’où une augmentation de la valeur monétaire des récoltes futures
  • Une augmentation significative de l’accroissement en diamètre a été observée pour l’érable à sucre (v. g. Tableau 6).
  • L’accroissement en diamètre entre les deux intensités d’éclaircie n’est pas significatif dû possiblement par l’écart de l’intensité de la récolte moindre que celle prévue au départ.

Les autres constats des auteurs ont trait au recrutement plus élevé dans les parcelles éclaircies causés par une augmentation de lumière qui a favorisé les gaules présentes dans ces peuplements. Une baisse significative de la mortalité dans les parcelles éclaircies par rapport aux parcelles témoin résultant de la récolte des arbres de moindre vigueur.

Les perspectives de croissance pour la prochaine décennie sont difficiles à prédire, par contre en se référant à des études produites dans des peuplements d’érables plus âgés. Les auteurs émettent l’hypothèse que la croissance améliorée serait soutenue pour la prochaine décennie. L’ouverture de la canopée, la baisse de densité et la baisse de mortalité naturelle par auto-éclaircie sont les facteurs guidant leur hypothèse.

Il est probable qu’une ou deux éclaircies subséquentes suivront et guideront les peuplements pour atteindre leur plein potentiel et maximiser leur qualité et leur valeur monétaire future.

La première éclaircie réalisée dans une jeune érablière d’érable à sucre répond à plusieurs objectifs de conduite à long terme du peuplement ;

  • La baisse de l’âge de rotation, en atteignant un nombre suffisant d’arbres de vigueur 1 (150 arbres/ha, dans le scénario de l’étude) en fin de rotation (un diamètre moyen de 45 cm). Le peuplement est équien (soit du même âge) et on procède normalement par une récolte finale.
  • La conduite du peuplement vers une forme jardinée, soit un peuplement inéquien (constitué de plusieurs classes d’âge), où il n’a pas de récolte finale, mais plutôt des récoltes d’arbres matures en récoltes partielles espacées de 15 à 20 années. Cette conduite de peuplement est celle préconisée par la majorité des professionnels forestiers en petite forêt privée estrienne.

 

Les jeunes forêts feuillues composées majoritairement d’érables sont communes en Estrie. Ils occupent, selon le PPMV (3), une superficie de 14,000 hectares en petite forêt privée.

Les résultats de cette recherche sont significatifs car ils répondent à plusieurs questions laissés en suspens depuis longtemps et sont issus d’une recherche en forêt estrienne soit un atout majeur par rapport aux recherches souvent localisées en forêt publique plus nordique.

En terminant, vous pouvez effectuer une visite virtuelle portant sur l’éclaircie commerciale feuillue sur le site mirador.domtar.com. Le dernier panneau de la visite est une vue 3D d’une partie du dispositif de recherche.

 

Ken Dubé ing.f.

 

de jeunes érablières en Estrie, Steve Bédard, Martin-Michel Gauthier, Francois Guillemette et Rock Ouimet, ISSN 0834-4833, ISBN : 978-2-550-80326-3, 2018

Tableaux de données

 

  • Classe 1 : arbre vigoureux avec potentiel de bois d’œuvre
  • Classe 2 : arbre vigoureux sans potentiel de bois d’œuvre
  • Classe 3 : arbre non vigoureux avec potentiel de bois d’œuvre
  • Classe 4 : arbre non vigoureux sans potentiel de bois d’œuvre
  • Classe 5 : arbre vigoureux (essence résineuse)
  • Classe 6 : arbre non vigoureux (essence résineuse)

 

Tableau 6.  Accroissement annuel périodique en diamètre à hauteur de poitrine (DHP) pour

                 chaque traitement, selon l’essence et la classe de diamètre.