L’aménagement forestier, une solution naturelle aux changements climatiques

L’AMÉNAGEMENT FORESTIER, UNE SOLUTION NATURELLE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES

 

La présente chronique résume une étude approfondie réalisée par deux chercheurs de la Nouvelle-Angleterre (1). Leurs forêts feuillues et mélangées présentent de fortes similitudes avec nos forêts équivalentes du sud du Québec.

Image de, www.progestion.qc.ca

Il a beaucoup d’écrits concernant la forêt comme puits de carbone, mais qu’en est-il exactement ?

Le carbone forestier est présent dans tous les écosystèmes. Les écosystèmes forestiers sont des puits de carbone. Quels en sont les mécanismes ?

Le stockage et la séquestration ont des significations, souvent confondus, et atteignent leur capacité maximale à des stades de développement forestier différents.

  • Le stockage est la quantité de carbone emmagasiné dans le puits qu’est la forêt. Cette quantité augmente avec l’âge jusqu’à +- 200 ans. (2)
  • La séquestration est le procédé selon lequel le carbone de l’atmosphère est puisé pour servir à la croissance des plantes et des arbres via la photosynthèse. La séquestration (vitesse et quantité) varie selon le stade de développement. Il devient le plus efficace dans les forêts jeunes et intermédiaires entre 30 et 70 ans (2), mais continue à séquestrer du carbone tout au cours de sa vie durant.

Forest carbon: an essential natural solution for climate change, p. 3

La forêt emmagasine le carbone sous 5 formes différentes;

  1. Vivant au-dessus du sol
  2. Vivant sous terre (racines)
  3. Bois mort (chicots, troncs au sol)
  4. Litière (feuilles, branches, aiguilles)
  5. Dans le sol (biomasse en décomposition)

Selon les types de forêts la quantité de carbone varie (2). Pour les quatre groupes étudiés, deux s’apparentent à nos forêts du sud du Québec soit;

  • Feuillus durs, contenant 77 tonnes métriques/acre = » 190 tonnes/ha
  • Sapin-Épinette, contenant 79 tonnes métriques/acre = » 195 tonnes/ha

Forest carbon: an essential natural solution for climate change, p. 4

Le bilan de carbone de la forêt varie selon son stade de développement.

Jeune forêt suite à une perturbation (chablis, feu, coupe totale…)

Une forêt ayant subi une perturbation importante devient une source de carbone. Les jeunes arbres séquestrent moins de carbone que le site émet. La décomposition accélérée de la matière organique dans le sol ne sera pas compensée par la rapide croissance des jeunes arbres. Ces perturbations augmentent la lumière au sol et le taux d’humidité créant une augmentation d’activité microbienne. Une période 10 à 15 années est nécessaire pour que la séquestration par les arbres égale la perte de carbone. Suite à la perturbation, la forêt devient un émetteur de carbone.

Jeune forêt

. Entre 30 et 70 ans c’est la période où la séquestration est la plus élevée.

GOOGLE image

Vieilles forêts

Au fur et à mesure que les forêts vieillissent, les arbres grossissent et grandissent séquestrant plus de carbone hors terre. Leurs racines se développent augmentant le carbone vivant sous terre. La perte des feuilles et de branches augmentent la quantité de carbone dans la litière. Les forêts peuvent augmenter le carbone total dans leur puit de jusque vers 200 ans. La forêt accumule en moyenne 1 tonne/ha/année. En Nouvelle-Angleterre les forêts ont +- 100 ans donc disposent d’encore 100 années pour maximiser leur plein potentiel de puits de carbone.

Image de, www.foretprivee.ca

Forêts de plusieurs strates d’âge

Les forêts issues de perturbations majeures (coupes totales, chablis, etc.) sont habituellement du même âge. À mesure de leur vieillissement, ils développent plusieurs strates d’âge. Chaque strate conserve les caractéristiques de sa catégorie. Par exemple, une forêt également répartie en jeune et vieux arbres aura une bonne capacité de séquestration par les jeunes et une capacité de stockage par les arbres plus vieux.

En Estrie, les forêts feuillues sont jeunes et réparties à 75% dans les classes d’âge de moins de 80 années (3) donc elles détiennent toujours un grand potentiel de séquestration et de stockage. Ils sont une source importante de puits de carbone à optimiser.

Aménagement forestier et effet sur le carbone

La conversion de forêt vers des vocations non forestières implique la fin de la séquestration de carbone par cette forêt, et ce de façon permanente ou pour plusieurs décennies.

La meilleure façon d’augmenter rapidement la captation et le stockage de carbone est le boisement de terres non forestières, friches et agricoles abandonnées.

Aménagement passif

Le propriétaire qui laisse la nature aller sans récolte, contribue au stockage de C dans sa forêt selon le type de forêt et son âge. Plus le site est riche plus grand sera le potentiel de stockage.

L’approche passive a ses risques, ces forêts peuvent perdre de leur résilience dû à la proportion plus grande d’arbres dominants plus sujets au chablis. Les changements climatiques occasionneront plus de perturbations naturelles.

L’aménagement forestier occasionnera une émission de C lors des opérations et limitera la captation à court terme de la forêt. Par contre un aménagement forestier peut aider à renforcer la résilience des forêts limitant les effets négatifs des perturbations majeures, diminuant les émissions lors de ces futurs évènements.

Récolte d’arbres

La récolte d’arbres diminue la quantité de C que la partie aérienne de la forêt peut séquestrer. L’installation d’une cohorte de jeunes arbres, suite aux trouées crées, aura par contre une captation plus grande au cours de leur croissance.

Le C dans le sol ne sera pas significativement affecté si les mesures de protection des sols sont mises en place.

Litière et arbres morts. Il est mieux de laisser les branches et les houpiers sur place pour maintenir le C dans la litière. Les arbres morts, chicots et tiges au sol devraient également y être laissés pour leur contribution au potentiel de captation de la forêt et au maintien de la biodiversité.

La gestion de nos forêts devrait y inclure la variable carbone. Les décisions d’aménagement et les choix sylvicoles devraient travailler à augmenter la capacité de puits de carbone de nos forêts.

Les décisions d’aménagement devraient tenir compte de la volonté de séquestrer, stocker ou les deux.

 

Traduit par Ken Dubé ing.f.

 

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