Érable à sucre colonisera-t-elle la forêt boréale ?

CHANGEMENTS CLIMATIQUES

L’ÉRABLE À SUCRE COLONISERA-T-ELLE LA FORÊT BORÉALE ?

 

Les changements climatiques perturbent les conditions de vie de plusieurs espèces. À partir de l’analyse des notes prises par le frère Marie-Victorin, des scientifiques de l’Université Laval ont démontré que le tussilage fleurit maintenant 19 jours plus tôt qu’au printemps 1920. Il a été démontré que depuis cette époque la température moyenne hivernale a augmentée de 2,3°C et la printanière de 0,8°C. En apparence anodine, un réchauffement des températures de 2,5°C correspond à la différence de température estivale entre l’Abitibi et Montréal (1).

Les animaux peuvent migrer vers le nord pour suivre les augmentations de température, mais qu’en est-il des arbres?

L’emblème de nos printemps, l’érable à sucre, pourrait-elle coloniser la forêt boréale ?

En analysant seulement la variable du gradient de température, plusieurs hypothèses scientifiques prédisaient une migration graduelle de l’érable à sucre en altitude et en latitude vers l’écosystème de la forêt boréale.

Est-ce que d’autres facteurs pourraient influencer cette progression ?

Deux chercheurs de l’Université de Sherbrooke (3-4-5), Carissa D. Brown et Mark Velland, ont réalisé une étude sur les flancs du Mont St-Joseph dans le parc du Mont Mégantic. Ils ont voulu valider l’hypothèse à l’effet que le gradient de température dicterait la migration de l’érable à sucre en altitude. La migration en altitude réplique la migration en latitude.

La zone d’étude comprenait des parcelles suivant la ligne d’altitude débutant de la forêt tempérée en basse altitude et contenant une bonne proportion d’érable à sucre, à la limite de sa présence à plus haute altitude et dans la forêt boréale en haute altitude où l’érable est absente.

Gradient de l’érable à sucre au Mont St-Joseph, parc du Mont Mégantic (3)

Ils ont établi des parcelles d’étude dans ces trois zones. Des samares d’érable sont semées. Les résultats ont permis d’identifier des facteurs non climatiques qui ont influencé l’installation de l’érable en dehors de son aire de distribution.

La prédation des herbivores

Les parcelles localisées au-delà de la limite, en forêt boréale, ont été fortement affectés par des prédateurs herbivores qui ont mangé les semences. Ce phénomène était plus présent que dans les deux autres zones d’étude. Cette prédation était un facteur majeur du peu de germination des semences.

Attaques fongiques

Les semis d’érable au-delà de leur aire étaient soumis à des attaques fongiques racinaires affectant la vitalité et la survie des semis d’érable. Les propriétés du sol en présence ont joué un rôle dans ce phénomène moins présent en forêt tempérée et à la limite de son aire.

Les mycorhizes

Les érables sont associés avec des champignons mycorhizateurs. Ces champignons s’associent aux racines et permettent une meilleure assimilation des éléments nutritifs du sol. Les sols plus acides associés à la forêt boréale laissent présager que ces champignons sont moins présents. Leur absence n’a pas limité la germination mais a augmenté la mortalité des semis causés par d’autres facteurs.

Les sols

La composition des sols en forêt boréale présente un facteur limitatif à l’établissement de l’érable à sucre. Ces sols sont plus acides et moins fertiles. Ils renferment moins de cations et d’azote et ne permettant pas à l’érable d’avoir une bonne capacité de survie.

L’expérience a permis de démontrer que la migration de l’érable était fortement limitée par des facteurs autre que le seul gradient de température. Les facteurs non climatiques ont une grande influence sur l’agrandissement de l’aire de distribution de l’érable. Au minimum ces facteurs retarderont l’établissement des conditions favorables à l’agrandissement de l’aire de distribution.

Bref, on n’est pas près de voir l’érable à sucre s’installer en Abitibi ou à la Baie James!

 

Ken Dubé ing.f.

Ce texte est un bref résumé, pour consulter les résultats complets;

  1. Réchauffement climatique aux conséquences écologiques : s’adapter, migrer ou disparaître, http://climatoscope.ca/article/du-rechauffement-aux-consequences-ecologiques-sadapter-migrer-ou-disparaitre/
  2. Où trouver du sirop d’érable en 2100? http://climatoscope.ca/article/ou-trouver-du-sirop-derable-en-2100/
  3. Migration climatique : le parc du Mont Mégantic comme laboratoire, https://www.sepaq.com/parcs-quebec/blogue/article.dot?id=f80aba01-2093-4b6b-9ebf-4e3f09c33a16
  4. Non-climatic constraints on upper elevational plant expansion under climate change, Proceedings of the Royal society, Biological sciences, http://mvellend.recherche.usherbrooke.ca/Brown&Vellend_ProcB2014.pdf
  5. Soil abiotic and biotic properties constrain the establishment of a dominant temperate tree into boreal forests, http://mvellend.recherche.usherbrooke.ca/Carteron_et_al-2019-Journal_of_Ecology.pdf
  6. LaPresse+, Changements climatiques : des érables dans la forêt boréale ?, https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/202001/12/01-5256563-changements-climatiques-des-erables-dans-la-foret-boreale.php

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