Cibles atteintes, mais temps d’incertitudes

CIBLE ATTEINTE, MAIS TEMPS D’INCERTITUDES

 

Ce « mot du Président » annuel est le neuvième sous ma signature.  Au cours de ces années, j’ai maintes fois exposé par des écrits, des comités, des tables rondes, des contacts politiques et diverses interventions privées et publiques, ma vision des forêts privées estriennes : des forêts aménagées productives, certaines davantage axées sur la conservation, des forêts « signature » du paysage estrien, des forêts considérées autant pour leur valeur économique que pour leur apport à l’équilibre des écosystèmes naturels, le tout contribuant au bien-être collectif régional.

Mais ce que j’en retiens surtout, c’est la grande diversité, quand ce n’est pas les écarts, des valeurs des propriétaires forestiers : la vanne de bois, la qualité des tiges résiduelles après intervention de récolte, l’esthétisme des travaux, la biodiversité, la conservation intégrale, la qualité de la relation avec le conseiller et pour certains – ils sont aussi nombreux que discrets – leur « relation philosophique » avec leur boisé, une source de contentement.  Va pour les redites d’une année à l’autre!

La forêt privée, ces cinquante dernières années, a connu une gamme de métamorphoses qui ont altéré ses modes d’aménagement ou d’exploitation selon des approches individuelles ou collectives (groupements  forestiers), son type de propriétaire (majoritairement des non-agriculteurs), son statut foncier (majoration substantielle des taxes foncières), certains avantages fiscaux… pour les propriétaires les plus avisés et des moyens de mise marché collective (les plans conjoints).  Enfin, le bûcheron d’autrefois a pris du galon, il est travailleur sylvicole, entrepreneur forestier.  Une énumération de vérités évidemment incomplète; votre vécu comme propriétaire et forestier vous autorise à en rajouter sur le décompte de paradigmes nouveaux ou « passés date ».

Une Chaire de leadership en enseignement de la gestion durable des forêts privées (ULaval) est maintenant à l’œuvre!  « En développant nos connaissances sur la réalité des propriétaires de forêt privée, nous souhaitons être en mesure de mieux répondre à leurs besoins et ultimement de susciter davantage d’engagements de leur part dans l’aménagement de leur boisé. » (dixit Ministre des forêts, 4 avril 2019).  Nous sommes en attente des récentes recherches et trouvailles de cette nouvelle « instance intellectuelle » au regard aussi critique que stratégique sur le devenir de la forêt privée québécoise… genre « La forêt privée actualisée pour les nuls ».  Si elle appartient à 134 000 propriétaires – propos récurrent de la FPFQ – son usage, son aménagement, ses valeurs paysagères et environnementales interpellent huit millions de Québécois.  Idem pour l’Estrie : 9 200 propriétaires, population : 320 000.

Mobilisation des bois : la cible 2019 dépassée

 Même si les acteurs de la forêt privée estrienne, au-delà de la bonne volonté de plusieurs, vivent des tourments existentiels, la récolte de produits ligneux version 2019 a donné les résultats planifiés et attendus de 891 000 m3 (calcul du SPFSQ et de l’APBB), soit 2,4% au-dessus de la cible.  Selon les calculs de l’administration qui prend en compte les volumes provenant de la grande forêt privée (un retrait) et la récolte estimée de bois de chauffage (un ajout), la petite forêt privée (600 000 ha) aurait fourni 55% de sa possibilité forestière (1 800 000 m3).  Il a donc une volonté prégnante quelque part dans le milieu forestier estrien.  Est-ce « une forêt [privée] de possibilités? ».

Qu’en sera-t-il pour 2020?

 1.-  Bien que la cible de 870 000 m3 pour 2020 ait été fixée à l’automne 2019, des doutes se profilent.  La contestation par des « majeurs » de l’industrie forestière devant la RMAAQ de la démarche du SPFSQ (avec observation attentive des syndicats de la Mauricie, de la région de Québec et de la Côte-du-Sud) sur la mise en marché collective (Agence de vente / bois de sciage Sapin Épinette) pourrait amenuiser la vision par trop collectiviste, selon certains, des « unions » de propriétaires et de producteurs.

2.- La prévisibilité cyclique du marché nord-américain du bois s’additionne à l’imprévisibilité du comportement commercial de l’actuel gouvernement US, perturbateur économique chevronné.  Devrons-nous éternellement exporter 80% de la production québécoise de produits du bois chez un voisin vantant allègrement les vertus du protectionnisme?  Omniprésent dans notre histoire, le « matériau bois » est dû pour une renaissance scientifique, économique et culturelle!  Vivement CÉCOBOIS et consorts de l’innovation!

3.- Depuis mars 2020, au Québec et mondialement, l’impensable est devenu une réalité!  La pandémie COVID-19 est et sera un accélérateur de changements structurels, foresterie et économie forestière comprises.  Des modes de production, des chaînes d’approvisionnement et des accords commerciaux internationaux sont en cause.  Et une transition écologique s’annonce.  Comme le répète inlassablement un professeur réputé de la Faculté de foresterie de l’ULaval : « l’industrie forestière doit se réinventer! ».  Agences, Syndicats, groupements forestiers et structures similaires n’y font pas exception.

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Confinement ou pas, repli économique ou pas, l’Agence, son personnel, son conseil d’administration, ses conseillers forestiers et ses partenaires – forêt oblige comme service essentiel – sont actifs en forêt comme en télétravail!  Il ne saurait tarder que déjà de nouveaux idéaux, de nouveaux modèles de gouvernance forestière soient en cheminement.  

 

Jean-Paul Gendron, président
Agence de mise en valeur des forêts privées de l’Estrie

Mai 2020

À méditer : « Québécois et Canadiens s’entendent toutefois sur le fait que les plus crédibles pour parler de la foresterie étaient les groupes environnementaux.  Les représentants industriels ou gouvernementaux étaient jugés parmi les moins crédibles d’un océan à l’autre. »  Éric Alvarez, FORÊTS QUÉBÉCOISES, de la nécessité de s’affranchir de l’ERREUR BORÉALE (et comment), 176 pages, décembre 2019, disponible chez bouquinbec.ca, extrait p. 21

Acronymes :

ULaval : Université Laval

FPFQ : Fédération des producteurs forestiers du Québec

SPFSQ : Syndicat des producteurs forestiers du sud du Québec

APBB : Association des propriétaires de boisés de la Beauce

RMAAQ : Régie des marchés alimentaires et agricoles du Québec

CECOBOIS : Centre d’expertise sur la construction commerciale en bois

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