La détermination d’un jeune propriétaire forestier

LA DÉTERMINATION D’UN JEUNE PROPRIÉTAIRE FORESTIER

« J’ai un boisé de 293 acres »        – David Valcourt

 

À 29 ans, alors que certains rêvent d’avoir une voiture de l’année, de faire des voyages dans le Sud ou de faire la fête régulièrement, David Valcourt rêvait de tout autre chose. En février 2019, il a acheté, avec sa conjointe, un boisé de 293 acres à Saint-Malo en Estrie, rien de moins. Ce tout nouveau propriétaire forestier n’a pas perdu de temps, il est déjà très actif dans sa forêt.

Selon un célèbre adage gaulois, on pourrait dire que David Valcourt est tombé dedans quand il était petit. Fils d’un bûcheron, il a passé son enfance dans la forêt à regarder son père couper et sortir du bois et plus tard, à l’aider dans différentes tâches. Il a toujours aimé cette matière brute qu’est le bois, et pour lui, décrocher un diplôme d’études professionnelles comme charpentier-menuiser allait de soi. Un métier qu’il affectionne depuis 11 ans maintenant.

Adepte de chasse et ayant conservé de bons souvenirs de son enfance, David s’était juré qu’un jour, il aurait sa propre terre à bois pour y chasser, mais aussi pour l’aménager, récolter du bois et la faire évoluer de belle façon pour en tirer des revenus. Sa conjointe, Roxane Turgeon, apportait quand à elle son expérience d’agricultrice puisqu’elle a grandi sur une ferme laitière.

Le couple Valcourt-Turgeon qui habite Saint-Isidore-de-Clifton est fier de cette acquisition puisqu’elle ne provient pas d’un héritage parental ou d’une aide financière familiale. David et Roxane sont allés chercher du financement auprès de la Financière agricole du Québec. La terre appartenait à l’oncle de son beau-frère, Martial Lemieux, qui est aussi le père d’un ami.

Tirer profit du boisé

Sur le boisé de Saint-Malo, il y a une partie érablière avec contingent. Pour que le volet acéricole soit à son plein potentiel, David a procédé à une coupe sélective qui lui a permis de retirer le bois malade et d’installer des tubulures. « Dès le premier printemps d’acquisition du boisé, on a tiré un bon revenu du sirop vendu. Nos 2 500 entailles nous permettent d’honorer les paiements biannuels reliés au prêt. »

Les travaux ont aussi permis de récolter du bois mou (sapin, épinette et cèdre), une première pour le couple qui souhaite livrer de deux à quatre voyages aux usines de la région.

Un boisé aux multiples ressources

Pour un chasseur, ce boisé est l’endroit rêvé. On peut y chasser le chevreuil, l’orignal, l’ours, la perdrix, la dinde sauvage et le lièvre. C’est son père maintenant qui l’accompagne à la chasse sur sa terre, alors que petit, c’est David qui le suivait sur une terre louée.

Du point de vue foresterie, le boisé offre une variété d’essences dont l’érable à sucre, le sapin, l’épinette blanche, le merisier et le hêtre. On y retrouve aussi une production d’environ 2 500 sapins de Noël et deux cèdrières.

Les défis d’un jeune propriétaire forestier

Pour David qui a eu 30 ans en novembre dernier, son plus grand défi est d’apprendre le métier d’abatteur manuel. Il dit avoir appris « sur le tas » et sait qu’il ne possède pas nécessairement les meilleures techniques. Il souhaite prendre une formation d’abattage d’arbres ainsi que toutes formations qui pourront lui être utiles dans le domaine.

Il doit aussi s’informer pour une mise à jour du plan d’aménagement forestier qui arrive à échéance, prendre les infos pour s’enregistrer comme producteur forestier et en apprendre le plus possible sur les mesures fiscales rattachées aux travaux sur son boisé.

Du côté mécanique, encore là, il a une base acquise avec les années. Cela lui permet de se débrouiller dans les réparations de son tracteur, sa chargeuse et son camion forestier qui lui servent à sortir le bois.

David se dit bien entouré pour l’aider dans son boisé. Sa belle-sœur fait leur comptabilité et son beau-père s’occupe de la soudure quand il a des réparations à faire.

Comment entrevoit-il l’avenir?

L’ultime rêve du jeune estrien serait de se consacrer entièrement à sa terre. Pour le moment, sa conjointe et lui ont un emploi à plein temps. Pour sa part, il met une vingtaine d’heures de travail sur son boisé. Roxane s’implique beaucoup durant la période des sucres. Elle voit à la production du sirop d’érable et des produits transformés. « Quand nous serons plus vieux et que les revenus de la terre seront plus importants, nous souhaitons réduire nos heures à notre emploi régulier pour passer plus de temps sur notre terre. »

Pour le couple, ce boisé est un placement de retraite, un endroit pour se changer les idées et un lieu de détente en famille où pourront grandir leurs futurs enfants, et qui sait, ils reprendront la terre à leur tour.

Foncer, ne pas hésiter

« Si je pouvais donner un conseil aux jeunes de mon âge qui hésitent à acheter une terre à bois, je leur dirais de foncer. Oui, ça peut paraître cher quand on sait que dans la région, un boisé peut coûter entre 1000 $ et 1500 $ l’acre, mais c’est un investissement qui peut rapporter à court terme si on vit de nos récoltes, et à long terme quand viendra le temps de la revendre ou de la transférer à nos enfants. Au début de processus, on voulait un boisé de 100 acres, mais finalement, on y aller avec ce boisé de 293 acres. Une terre ne perd pas de valeur, ça peut prendre de 4 à 6 % par année. »

Josée Lalande, collaboration spéciale

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