Le cycle du carbone tropical et les changements climatiques

LE CYCLE DU CARBONE TROPICAL ET LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES (1)

 

Les forêts tropicales sont actuellement neutres au niveau du carbone, ils stockent autant qu’elles émettent. Il faut noter qu’ils sont également un immense puits de carbone.

La perte annuelle de superficies forestières tropicales aura un impact sur leur bilan de carbone. Il deviendra négatif à court terme, c’est-à-dire que les forêts tropicales intactes ne pourront plus stocker tout le carbone émis par la perte de superficies via la déforestation.

Déforestation en Amazonie, GOOGLE image

Entre 1960 et 2015, 55% des émissions de CO2 planétaires ont été absorbées par 3 sources majeures, soit les océans, les forêts tropicales et les forêts boréales. Cette absorption a permis au CO2 atmosphérique d’augmenter de seulement 180 Pg C lors que les émissions totales ont été de 408 Pg C.

Les forêts tropicales en ont stocké entre le quart et le tiers.

Déforestation en Amazonie, GOOGLE image

La balance de carbone des forêts tropicales

Les arbres des forêts tropicales stockent un volume de carbone équivalent au tiers de tout le carbone contenu dans l’atmosphère. Ils réalisent 60% de la photosynthèse planétaire en absorbant 72 Pg C par année. Ces écosystèmes émettant la même quantité via la respiration des plantes, des animaux, des microorganismes et des champignons. Compte tenu de ces énormes quantités, une légère variation au niveau d’une baisse de stockage ou une augmentation des émissions aurait une importante influence sur leur bilan de carbone.

Il est généralement accepté que le bilan carbone des forêts tropicales est neutre depuis 1990, mis à part les années de El Nino où les forêts tropicales sont des émissaires majeures de CO2 dû aux périodes de température élevée et de sécheresse provoquant une baisse de stockage par les arbres.

Sources de carbone

La déforestation entre 2010-2012 a atteint 100 Mha dont 50% en Amérique latine, 30% en Asie et 20% en Afrique. Les facteurs sont l’activité minière, l’agriculture et le pacage industriel en Amérique latine, l’huile de palme, la production de pâtes et papiers en Asie tandis qu’en Afrique ce sont l’agriculture de subsistance et récemment les activités minières et l’agriculture industrielle.

Production d’huile de palme en Indonésie – GOOGLE image

Un autre phénomène important qui augmente les émissions sont les activités humaines provoquant une dégradation des forêts. Ces activités incluent la récolte forestière, l’agriculture sous couvert, le feu, le pacage et les effets causés par la déforestation adjacente.

De plus 5%, des forêts tropicales sont localisées sur des sites de tourbe (équivalents à nos tourbières). En Afrique et en Amérique latine ces forêts ont eu peu de modifications, par contre en Asie la moitié (entre 1990 et 2008) ont été drainées et reboisées. La tourbe est majoritairement composée de carbone, la destruction de ces puits émet de grandes quantités de carbone et de méthane (un puissant GES).

Les tendances

Il est reconnu que la déforestation et la dégradation des forêts sont en hausse. La demande pour le bois, les minéraux et l’agriculture industrielle créé une énorme pression. La déforestation risque fort de continuer dans les prochaines décennies. Les superficies intactes dues à une accessibilité restreinte seront les prochaines forêts à subir la déforestation et la dégradation. La demande mondiale exerce une énorme pression pour ces ressources. La majorité des forêts tropicales sont situées dans des pays du tiers monde où la croissance économique prime sur la protection des massifs forestiers.

Le cas du Brésil est notoire. La déforestation a diminué entre 2005 et 2014 dû à une baisse du prix des ressources et la mise en place de politiques de protection. La tendance s’est inversée mue par l’augmentation du prix des ressources et de la mise en place de politiques faisant la promotion du développement économique au détriment de la conservation des forêts.

Sauvegarder le carbone tropical

Deux phénomènes sont observés;

  • L’augmentation de la concentration du carbone atmosphérique stimule la croissance des arbres =» Augmentation de stockage
  • L’augmentation des températures provoque des périodes de sécheresse et une augmentation des incidences de feu =» Augmentation des émissions (exemple des feux en Australie en 2019-20)

Feu en Amazonie, GOOGLE image

Quel en sera le bilan net? Plusieurs hypothèses et modèles d’études ont été analysés et aucune conclusion formelle ne peut en être tirée.

Les émissions liées aux pertes de superficies forestières et de la dégradation de d’autres sites continuera à augmenter les émissions. Les forêts tropicales deviendront une source de carbone dans les prochaines décennies car leur capacité de stockage sera dépassée par ces émissions.

Changement possible ?

Un changement de paradigme mondial doit s’opérer pour sauvegarder les puits de carbone tropicaux. Il est impératif de protéger les forêts intactes et de restaurer les forêts dégradées pour augmenter leur capacité de stockage.

Les forêts tropicales deviendront une source de Carbone causé par la déforestation et l’augmentation des changements climatiques. Le bilan de carbone planétaire s’aggravera et amplifiera le phénomène des changements climatiques rendant l’atteinte d’une augmentation maximale de 2oC très difficile. Cette augmentation aggravera d’autant les phénomènes climatiques extrêmes tout en augmentant d’autant les émissions de carbone des forêts tropicales.

Un cercle vicieux sera enclenché, si ce n’est pas déjà commencé !

 

Ken Dubé

Traduit par Ken Dubé ing.f. de;

  • Nature, 2018, Vol: 559, Issue: 7715, Pages: 527-534
    doi: 10.1038/s41586-018-0300-2

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